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Les textiles en matières naturelles vont-ils devenir plus chers ?

Les textiles sont partout : dans nos vêtements, nos canapés, nos rideaux, nos matelas, nos voitures et même dans les éoliennes. Pourtant, aujourd’hui, seuls environ 25 % des fibres textiles mondiales sont d’origine naturelle, comme le coton, la laine, le lin ou le chanvre. Et ce sont précisément ces matières qui pourraient se raréfier dans les années à venir.

Sous l’effet de réglementations environnementales européennes plus strictes et d’une demande croissante pour des produits plus durables, les experts alertent sur un possible manque de fibres textiles à faible impact environnemental d’ici 2030. Coton biologique, laine ou matériaux recyclés pourraient devenir plus difficiles à obtenir. Sans une accélération majeure du recyclage, les prix risquent d’augmenter. Ou est-ce que les innovations et les nouveaux matériaux peuvent-ils encore inverser la tendance ?

La part actuelle des fibres naturelles dans le textile
the rise of natural fibres in textile industry
Le synthétique reste dominant

Le marché du textile est aujourd’hui largement dominé par les fibres synthétiques, en particulier le polyester. Peu coûteuses, faciles à produire et bien intégrées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, elles représentent la majorité de la production. Les fibres naturelles ne constituent qu’environ 25 % du total, le coton étant de loin la plus utilisée.

Cette part progresse à peine, alors que la demande pour des matériaux plus durables augmente rapidement. Résultat : une pression accrue sur des ressources limitées.

Pourquoi le recyclage est si complexe
Mesure
But
Statut

Passeport Produit Numérique (DPP)

Transparence et traçabilité

Le DPP relève du règlement ESPR – écoconception pour des produits durables (à partir de 2027)

Extended Producer Responsibility (EPR)

Le producteur finance la collecte et le recyclage

Obligatoire en vertu de la législation de l’UE, mise en œuvre dans les États membres

Collection textile séparée

Une meilleure base de recyclage

Obligatoire à partir de 2025

Critères d’écoconception

Règles de conception durable

Relève du champ d’application de la PRSE, notamment en ce qui concerne le contenu recyclé – conception en vue du recyclage

Promotion du recyclage et de la réutilisation

Moins de déchets, plus d’économie circulaire

Stratégie de l’UE et financement de la REP

Pourquoi le recyclage est si complexe

On pense souvent que les matières naturelles sont plus faciles à recycler, mais la réalité est plus nuancée. La plupart des produits textiles sont fabriqués à partir de mélanges de fibres. Les jeans stretch, par exemple, associent le coton à de l’élasthanne ou du polyester pour plus de confort et une meilleure tenue.

Ces mélanges compliquent fortement le recyclage. Les fibres naturelles se raccourcissent à chaque cycle et deviennent rapidement inutilisables. Les fibres synthétiques peuvent être recyclées chimiquement, mais uniquement si elles sont suffisamment pures.

Des solutions existent, mais peinent à s’imposer

Des innovations prometteuses voient le jour. En Europe, d’anciens filets de pêche sont transformés en nouvelles fibres de nylon pouvant être recyclées sans perte de qualité. En Belgique, certaines entreprises développent également des produits composés d’un seul matériau afin de faciliter leur recyclage.

Le « plastique vert » de Vioneo – qui prévoyait initialement de commencer la production à Anvers mais a maintenant opté pour la Chine – est du polypropylène (PP) et du polyéthylène (PE) à partir de méthanol vert, et du PP/PE, tous des polymères textiles bien connus.

Pour l’instant, ces initiatives restent marginales. La transition vers des matériaux plus durables nécessite du temps, des investissements importants et de nouvelles méthodes de production.

Expériences avec des algues, des excréments d’éléphant et des racines

Les algues et les varechs sont utilisés pour fabriquer des fibres et des fils biosourcés, par exemple en utilisant de l’alginate extrait du varech et transformé en sangles qui sont ensuite transformées en brins de fibres et en tissus.

En Asie, des initiatives visent à fabriquer des produits fibreux à partir de bouse d’éléphant, car elle contient beaucoup de cellulose végétale non digérée ; le procédé de fabrication est similaire à celui de la pâte à papier ou des matériaux textiles feutrés.

Zena Holloway, de l’agence londonienne Rootfull, explore le bio-design. Pendant 25 ans, elle a travaillé comme photographe sous-marine et directrice artistique, acquérant ainsi une connaissance approfondie de l’écosystème marin. Aujourd’hui, elle travaille avec des matériaux vivants : elle cultive des racines de plantes dans des structures alvéolées, créant ainsi des textiles et des objets fragiles, des tapisseries, des lampes et de véritables œuvres d’art.

Quelles conséquences pour les consommateurs ?

Si l’offre de matériaux durables reste inférieure à la demande, les produits à faible impact environnemental risquent de devenir plus chers. Par ailleurs, les marques qui ne respectent pas les nouvelles réglementations s’exposent à des amendes ou à des restrictions d’accès au marché, ce qui pourrait réduire le choix pour les consommateurs.

Les consommateurs peuvent néanmoins agir. Choisir des labels durables, soutenir des marques transparentes et recycler ou réutiliser les textiles contribue au changement. Mais surtout, en tant qu’utilisateur, vous devez rester critique et vous tenir bien informé.
À partir de 2027, le passeport numérique des produits apportera également davantage de transparence sur l’origine et l’impact environnemental des textiles.

Les textiles durables ne sont plus une option. La vraie question est de savoir à quelle vitesse le secteur s’adaptera — et qui en paiera le prix.

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