Le salon international Techtextil est considéré comme la grand-messe du textile technique, un secteur en pleine croissance qui s’oriente de plus en plus vers l’économie circulaire. Tous les deux ans, les très attendus Innovation Awards y sont décernés. Fait marquant : même si aucune entreprise belge n’était nominée cette année, la Belgique était loin d’être absente.
La présence remarquée et répétée de Dr. Jan Laperre, directeur général de Centexbel et membre du jury, a souligné le poids international du savoir-faire textile belge. Le fait qu’un représentant d’un centre de recherche belge participe à l’évaluation des innovations en dit long sur la réputation de notre pays en matière de recherche, de recyclage et de développement technologique. Voici quatre lauréats qui ont particulièrement retenu notre attention.
Des nanotubes transformés en fibres – une promesse pour les textiles intelligents
Parmi les lauréats les plus remarquables, on compte une entreprise sud-coréenne, aweXome Ray, récompensée pour « axrial », une technologie permettant de transformer des nanotubes de carbone (NTC) en structures textiles transformables. Ces tubes, jusqu’à cent fois plus résistants que l’acier, conducteurs et extrêmement légers, étaient jusqu’à présent difficiles à intégrer dans le textile.
Grâce à cette innovation, les nanotubes peuvent désormais être transformés en membranes et fibres compatibles avec les techniques textiles traditionnelles. Les applications sont vastes : textiles intelligents, sièges chauffants, systèmes électriques légers et économes en énergie pour l’automobile et l’aéronautique.
Déperlance sans PFAS : une avancée venue de France
La durabilité était au cœur des préoccupations. La start-up française H&B Materials a présenté une alternative aux PFAS, ces « polluants éternels » très controversés. Leur solution : un traitement déperlant à base d’acides gras issus de déchets agricoles, qui se fixe au niveau moléculaire sur les fibres.
Le résultat est une propriété déperlante intégrée — sans revêtement — qui atteint des performances élevées lors des tests standards. Avec un durcissement des réglementations à venir, notamment en France dès 2026, cette innovation pourrait rapidement s’imposer.
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Du bois que l’on peut tricoter
Que l’innovation puisse surgir là où on ne l’attend pas, spek Design le démontre avec « FormLig – Knitted Wood ». Ce matériau associe des fils de cellulose à de la lignine — un sous-produit de l’industrie papetière aujourd’hui presque entièrement brûlé.
Le résultat : un matériau tricotable, malléable et compostable, sans microplastiques. Les applications vont des objets design à l’emballage, en passant par des protections pour arbres. Un bel exemple de valorisation des flux résiduels dans la chaîne textile.
Révolution dans le recyclage chimique
L’entreprise allemande re.solution qui permet le recyclage chimique des déchets textiles à base de polyester, suscite de grandes attentes. Sa capacité à traiter également les textiles mélangés et impurs (teints et enduits) est particulièrement remarquable. Ce type de déchets finit actuellement en décharge ou à l’incinérateur.
Re.solution utilise un procédé électrochimique (hydrolyse) alimenté par de l’électricité renouvelable. L’absence d’acides permet de réduire drastiquement la consommation d’eau et de produits chimiques, évitant ainsi la production de déchets salins nocifs. L’entreprise promet des matériaux d’une qualité comparable à celle des matériaux d’origine ou non recyclés.
L’impact potentiel est considérable : jusqu’à 90 % de réduction des émissions de CO₂ par rapport au polyester vierge. Avec une installation semi-industrielle prévue pour 2026, l’entreprise franchit une étape importante vers une production textile véritablement circulaire. Selon plusieurs sources, l’intérêt est déjà vif parmi les collecteurs, trieurs, marques de mode et fabricants de textiles techniques.
Belgique : petit pays, grande influence
Même sans présence sur le podium, le message à Francfort était clair : la Belgique joue dans la cour des grands. Grâce à des centres de recherche comme Centexbel et à des figures clés comme Laperre, notre pays reste une référence en matière d’innovation et d’expertise.
Techtextil 2026 confirme surtout une chose : le textile technique évolue à une vitesse fulgurante et s’impose dans des industries aussi variés que l’énergie, la mobilité et la biotechnologie. Pour y jouer un rôle, il faut miser sur la connaissance, la collaboration et l’innovation — des domaines dans lesquels la Belgique dispose d’atouts solides.
