Lorsque Jaak Delobelle, responsable R&D chez De Witte Lietaer, a présenté une idée novatrice à la direction, il avait déjà derrière lui une longue carrière dans le textile. Son rêve? Contribuer, avant son départ à la retraite, à rendre le linge de maison plus durable. Le résultat? Du linge de maison compostable. Oui, vous avez bien lu : du linge qui peut être jeté avec les biodéchets.
Le recyclage n'est pas toujours la meilleure solution
On pourrait parler d’une innovation née de la frustration. Comme beaucoup d’innovations, celle-ci trouve en effet son origine dans un constat partagé. Si le recyclage est souvent présenté comme la solution idéale en matière de durabilité, ce n’est pas nécessairement le cas pour le linge de maison.
Le recyclage des fibres naturelles, comme le coton utilisé pour le linge de maison, repose principalement sur un procédé mécanique. Les textiles usagés sont déchiquetés puis transformés à nouveau en fibres. On obtient ainsi de nouvelles fibres à partir d’anciens textiles, mais celles-ci sont inévitablement plus courtes. Même lorsqu’elles sont mélangées à des fibres vierges — ce que l’on appelle un blend dans le jargon textile —, le fil obtenu est moins résistant, tout comme le tissu qui en résulte. Pour le linge utilisé dans les hôtels, cela signifie une durée de vie plus courte et, par conséquent, des coûts de remplacement plus élevés.
Pourquoi le linge hôtelier doit-il être si résistant ?
Le coton est la matière la plus utilisée pour les serviettes, le linge de bain et le linge de lit, y compris dans l’hôtellerie. Naturellement absorbant, il possède également une excellente résistance à l’état humide : autrement dit, le tissu ne se déchire pas lorsqu’il est mouillé. Une qualité essentielle, car le linge hôtelier est lavé très fréquemment, le plus souvent dans des blanchisseries industrielles.
En tant que leader du marché — De Witte Lietaer jouit d’une réputation internationale dans le domaine du linge hôtelier —, l’entreprise doit répondre aux exigences les plus élevées. Son linge est conçu pour résister jusqu’à 180 cycles de lavage industriel à des températures supérieures à 57 °C, une performance impossible à atteindre avec des fibres recyclées. Le développement d’un linge compostable constitue dès lors une alternative à la fois réaliste et écologique.
« Cette innovation est d’autant plus importante qu’elle n’intervient pas uniquement en fin de vie du produit, mais sur l’ensemble de son cycle de vie. »
La recette d'un linge de lit compostable
Sans azurants optiques
Le coton, le lin, le chanvre, la laine et la soie sont naturellement biodégradables. Pourtant, l’utilisation de produits chimiques — et plus particulièrement d’azurants optiques — empêche cette biodégradabilité.
Les draps et serviettes compostables doivent donc être totalement exempts d’azurants optiques. À première vue, la différence est à peine perceptible. Mais lorsqu’on compare un tissu blanchi à un tissu non blanchi, on remarque que le coton compostable présente un blanc légèrement plus doux, presque naturel.
Fils de couture et étiquettes
Les fils de couture et les étiquettes ajoutés lors de la confection doivent eux aussi être compostables. On privilégie pour cela la cellulose ou le coton. Si cette adaptation paraît minime, elle implique néanmoins une évolution des méthodes de travail habituelles dans de nombreux ateliers de confection.
Pourquoi le linge compostable n'est-il pas encore largement adopté?
La réponse est similaire à celle de nombreuses autres innovations : une nouveauté ne peut véritablement s’imposer que si l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement est prêt à l’adopter. Dans le cas du linge compostable, les blanchisseries industrielles constituent le principal facteur de réussite.
Le processus de lavage doit être légèrement adapté. Les textiles blanchis de manière conventionnelle nécessitent encore l’utilisation d’agents blanchissants chimiques lors du lavage, contrairement au linge compostable. Les températures de lavage peuvent également être plus basses, ce qui représente un avantage tant pour l’environnement que, à long terme, pour les blanchisseries elles-mêmes.
Si une blanchisserie traite les deux types de linge, ceux-ci doivent donc être lavés séparément. Le tri est relativement simple : sous lumière UV, les azurants optiques sont facilement détectables. Cette séparation nécessite toutefois une manipulation supplémentaire ainsi que des processus distincts.
Construire la solution ensemble
De Witte Lietaer a choisi une introduction progressive du produit et collabore avec plusieurs partenaires de son écosystème afin de faciliter son adoption. Avec Christeyns, fournisseur de référence en solutions professionnelles de lavage, l’entreprise travaille notamment à l’optimisation des procédés de lavage et au développement des produits d’entretien les plus adaptés à ces nouveaux textiles.
Un accueil enthousiaste dans les pays scandinaves
Les hôtels scandinaves figurent parmi les premiers à manifester un vif intérêt pour cette innovation.
« Cela n’a rien de surprenant, explique Jaak Delobelle. Dans ces pays, les enjeux liés à la durabilité occupent une place centrale. »
Aujourd’hui, alors qu’il prépare son départ à la retraite, il transmet le projet en toute confiance à son collègue Philip Bonte.
